La plupart des delegues ne s'attendaient pas a une telle annonce qui eut
l'effet d'une bombe. Aucun d'eux ne pensait qu'une telle annonce pourrait
venir d'une des personnes ayant pris part toute la semaine derniere, a la
conference qui reunissait pour la premiere fois les cadres des medias
anglophones et francophones du Pacifique.
Ce fut un message qui interpelle les medias pour qu'ils prennent un role
plus actif dans l'information du grand public sur les dangers du VIH/SIDA
qui menacent serieusement la jeunesse du Pacifique.
UNAIDS, un programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA fait savoir
que les statistiques officiels indiquent pour 14 pays du Pacifique Sud, a
fin Octobre 1998, 584 cas de VIH/SIDA ont ete officiellement enregistres et
que ce nombre continue d'augmenter.
Maire Dupont Bopp, 24 ans, est une etudiante en derniere annee d'etudes de
journalisme a l'Universite du Pacifique Sud a Suva, Fiji.
Elle a assiste a la conference de PINA, assise durant toutes les sessions
jusqu'au dernier jour. Steven Vete, le conseiller inter-pays du Programme
UNAIDS a alors presente la situation du VIH/SIDA dans la region et lance un
appel au soutien des medias a l'education des insulaires du Pacifique Sud
sur la maladie et la menace qu'elle fait peser sur la region.
Apres avoir participe pendant trois annees a des conferences a parler de la
maladie, Maire ne pensait pas qu'un jour elle serait amenee a parler de son
propre cas.
Je suis seropositive.
J'ai contracte le virus aupres de mon partenaire avec qui j'ai vecu pendant
deux ans.
J'avais 21 ans quand nous nous sommes rencontres, et j'etais sur le point de
partir a Fiji pour etudier le journalisme, l'Histoire et les sciences
politiques.
Je n'ai pas realise etre infectee jusqu'a ce que je tombe malade en novembre
(cette annee).
Mon partenaire est tombe malade a la meme epoque l'annee derniere, et bien
que nous nous etions alors separes depuis quelques semaines, je suis revenue
dans mon pays, Tahiti, et j'ai passe un mois a ses cotes a l'hopital.
Je n'ai jamais ete informee de l'origine de sa maladie, ni de la part des
medecins, ni de sa propre bouche, tout ce que je savais c'est qu'il etait
tres, tres, tres malade.
Je n'ai jamais pense lui demander ce qui lui arrivait parce que je pensais
qu'entre partenaires ayant tant partage durant ces annees, que s'il y avait
quelque chose qui pourrait m'affecter, me faire du mal, il me le dirait.
Bref, il ne m'a rien dit a ce moment la, et un an apres je suis tombee
malade a mon tour.
En aout cette annee, alors que j'etais encore a Fiji, j'ai commence a avoir
de fortes fievres mais j'ai pense alors qu'il s'agissait de fievres causees
par mes dents de sagesse. Mon dentiste m'avait prevenue que mes dents de
sagesse poussant, je ferais des acces de fievre et qu'il ne faudra pas que
je m'inquiete.
Alors je ne me suis pas inquietee jusqu'a ce que je tombe vraiment malade,
au point que mon medecin a l'Universite USP a fini par refuser de me donner
des certificats medicaux et m'a conseillee de consulter un specialiste a
l'hopital de Suva.
En realite je suis rentre a l'hopital le 22 octobre et je pensais que
cela me prendrai qu'une
semaine pour etre a nouveau sur pied et retourner a mes etudes et decrocher
mon diplome en novembre.
Je me trompais.
Tout a etait si rapide et j'ai ete si malade que j'ai pense que c'etait la
fin.
J'ai beaucoup prie et j'ai demande a Dieu que s'il devait prendre ma vie,
qu'il me ramene d'abord chez moi et me permette de revoir ma famille une
derniere fois.
Ceci a ete la seule motivation que j'ai eu pour rester en vie, cela me
donnait la force de continuer et de faire du mieux pour me remettre sur
pieds.
Je suis rentrer dans mon pays avec mon pere et mon frere qui etaient venus a
Fiji specialement pour etre avec moi.
Trois jours avant que nous quittions Fiji, le medecin est venu m'informer
que tous les examens que j'avais subi etaient negatifs a l'exception du test
VIH/SIDA.
Je dois dire que je ne me suis pas sentie blessee ou trop attristee.
Je n'etais pas attristee d'avoir le HIV/SIDA mais je ne comprenais pas
comment j'avais pu etre infecte par le virus et je me suis sentie tellement
coupable d'avoir cru en etre eloignee.
Je me suis sentie coupable et je pensais que j'aurais du apporter plus
d'attention dans ce tout que je faisais.
Je ne savais pas si cela avait ete par des transfusions sanguines ou avec
mes relations.
J'ai reuni toute ma famille et je leur ai fait part de ce qui arrivait.
Je suis heureuse, et j'en remercie Dieu, d'avoir une famille si
comprehensive et qui me soutienne tant.
L'hopital m'a mise sous tritherapie qui le plus recent traitement qu'ils
peuvent administrer aux malades du VIH/SIDA et j'ai commence un traitement
avec un ami qui a developpe des capacites de guerisseur.
Dernierement j'ai suivi un traitement de la medecine traditionnelle qui a
dure trois jours.
Aujourd'hui j'ai decide de prendre la parole parce que j'ai realise combien
traverser une telle experience a ete difficile et je pense egalement que
d'autres ne seront pas aussi chanceux que moi.
J'ai de la chance parce que autour de moi, ma famille - tantes, oncles,
cousins, parents, freres - tous sont si comprehensifs et m'apportent tous
leur soutien.
Egalement mes amis, j'ai pu realise qui mes amis sont.
Je parle ouvertement pour dire que le VIH/SIDA n'est pas quelque chose que
vous pouvez obtenir que par la prostitution, l'homosexualite ou dans des
rapports occasionnels.
Vous pouvez etre infecte au cours de rapports d'une relations stable et
suivie - une relations stable et suivie que je vivais et qui m'a donne le
SIDA.
Les gens doivent comprendre que le VIH/SIDA est aujourd'hui bien present
ici.
J'espere que les gens qui sont seropositifs ou atteints du VIH/SIDA auront
la force de s'exprimer ouvertement pour ceux qui sont plus faibles.